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Lord of the Mysteries : ce que valent les 10 premiers chapitres

C'est le titre qu'on recommande à tous ceux qui veulent entrer dans le web novel chinois. On a lu les dix premiers chapitres pour voir ce qu'ils promettent réellement, et à qui ils s'adressent.

Par Antoine Gaudin
Couverture de Lord of the Mysteries
© Cuttlefish That Loves Diving / Qidian

Le périmètre de cette lecture

Cet article porte sur les dix premiers chapitres, soit l'ouverture de l'arc initial. L'œuvre complète en compte 1432, achevés par l'auteur. Ce qui suit ne dit donc rien de la tenue du récit sur la durée, seulement de ce que promet son entrée en matière, et de la question que se pose un lecteur devant un pavé de cette taille : est-ce que ça vaut le coup de s'engager.

Un point de départ archi-connu, une exécution qui l'est moins

Le dispositif d'ouverture est le plus banal du genre. Un homme s'endort dans notre monde, se réveille dans le corps d'un autre, hérite de souvenirs fragmentaires et doit composer avec une identité qui n'est pas la sienne. Quiconque a lu trois web novels chinois a déjà vu ça trente fois.

Ce qui change, c'est ce que l'auteur en fait. Le héros se réveille avec une blessure par balle à la tête, devant un bureau, sous une lune rouge, dans une chambre qu'il ne reconnaît pas. Et pendant trois chapitres, il ne se passe rien d'autre que ceci : un homme essaie de comprendre où il est. Il allume une lampe à gaz. Elle ne marche pas. Il cherche pourquoi. Il trouve un compteur à gaz, comprend qu'il fonctionne à pièces, sort une pièce de sa poche et l'examine.

Ce passage dit tout du livre. Là où le genre expédie le décor en deux phrases pour arriver au système de puissance, celui-ci prend le temps de faire exister une ville, une monnaie, un logement, une facture de gaz.

Un monde qui a une économie, pas seulement une magie

C'est la vraie signature de ces dix chapitres, et ce qui explique la réputation du titre.

En trois chapitres, on apprend le prix hebdomadaire d'une école du dimanche et celui d'une école publique, on comprend qu'une loi sur l'instruction de base a été votée quelques années plus tôt, on saisit que trois Églises rivales se disputent le terrain religieux et que l'État a dû imposer la neutralité scolaire pour éviter que l'éducation ne devienne un champ de bataille. On apprend aussi qu'un frère aîné s'est endetté pour financer les études du cadet, et par quel arrangement avec le propriétaire il a fait installer le gaz.

Aucun de ces détails ne sert l'intrigue immédiate. Tous servent à faire tenir le monde debout. Et quand la police débarque au chapitre 10, on remarque que les gradés portent des hexagones d'argent et le simple agent des chevrons : même la hiérarchie policière a été pensée.

Le versant occulte arrive par la même porte. Une cartomancienne sous une tente, un jeu de tarot, une question sur le passé, le présent et l'avenir. Puis un monde de brouillard gris où le héros se retrouve face à deux inconnus tirés de chez eux sans comprendre pourquoi. Sa réaction est le meilleur moment de ces dix chapitres : plutôt que de paniquer, il calcule, décide de se faire passer pour le maître des lieux, et bluffe. Le personnage n'est pas un réceptacle passif du destin, c'est quelqu'un qui joue.

Ce qui va vous arrêter

Le rythme est lent, et assumé. Au chapitre 3, le héros est encore dans sa chambre. Si vous cherchez de l'action, du combat ou une progression rapide, ces dix chapitres vont vous paraître interminables.

L'exposition est lourde. L'auteur livre son monde par blocs de souvenirs, et il n'est pas rare qu'un paragraphe entier d'histoire institutionnelle s'intercale au milieu d'une scène. C'est riche, mais ça casse le mouvement.

La traduction française est irrégulière. Elle est lisible et le travail est considérable, mais on croise des tournures pesantes, des ruptures de temps et quelques coquilles. Ça ne bloque pas la lecture, ça la ralentit par moments. Précision utile : cette traduction est bénévole et non officielle, l'œuvre n'ayant pas d'éditeur français.

Pour qui, et faut-il continuer

Ces dix chapitres s'adressent à un lecteur qui aime qu'un monde soit construit avant d'être utilisé, et qui accepte qu'un récit prenne son temps. Si vous avez aimé les débuts lents où l'on comprend un univers par ses détails matériels, l'entrée est excellente.

Si vous venez chercher de la progression de puissance immédiate, passez votre chemin, au moins pour ce début.

Sur la question de savoir si ça tient sur 1432 chapitres, cette lecture ne permet pas de répondre, et je ne vais pas prétendre le contraire. Ce que ces dix chapitres établissent, en revanche, c'est qu'il y a un vrai auteur derrière : le monde est cohérent, le personnage a une tête, et la mécanique de mystère est posée sans être expliquée. C'est déjà beaucoup plus que ce qu'offre la moyenne du genre.

À savoir avant de commencer

L'œuvre est terminée, ce qui est loin d'être courant dans ce format. La traduction française, elle, est encore en cours et progresse régulièrement. Une adaptation animée existe par ailleurs, disponible en France.

Sources

Lord of the Mysteriesweb novel chinoisCuttlefish That Loves Divingcritique web novelxuanhuanQidian

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